Jeudi 13 avril 2006
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21:55
Gauche : et maintenant ?
deux pistes de réflexion
1- Le social revient au premier plan
Depuis plusieurs mois on voyait se dessiner les thèmes de la campagne électorale de 2007 : les questions sociétales, je veux dire la morale, l'ordre, l'éducation, la famille, le travail....bref toutes sortes de "valeurs" qui expliquaient la montée dans les sondages, à droite, Sarkozy, à gauche, Ségolène.
Arriva le CPE et la lutte de toutes les générations refusant la mise en place de la précarité sous toutes ses formes. Vinrent se greffer sans déborder le thème central, les questions de l'emploi, de la sécurité professionnelle, de la formation....
De la question sociétal nous sommes passés à la question sociale. Désormais cette question est de nouveau au premier plan de l'expression de nos concitoyens, tant mieux ! Car c'est bien cela qui fait l'essence de la société d'aujourd'hui : le travail, la production de biens et de services ET leur redistribution en faveur du capital ou du salariat selon qu'on est de droite ou de gauche !
2 - Le pragmatisme l'a emporté
Je m'en suis souvent félicité durant tout ce conflit : l'unité d'action entre les syndicats de salariés et les organisations d'étudiants et de lycéens a été remarquable. Chaque situation analysée en commun, chaque décision prise collectivement et à l'unanimité. Accord parfait, respect des partenaires, relations fraternelles, langage clair et mobilisateur, grèves et manifestations très largement suivies... Quel changement en quelques années ! Fini les invectives, la recherche de l'identité, la course à la surenchère ! Quelque chose s'est produit ? Oui et je le dis avec lucidité, la gauche a terminé de marcher en boitant. Depuis 90 ans la gauche française avançait bon gré mal gré en pensant que les luttes d'aujourd'hui servaient à préparer la classe ouvrière au grand soir où on changerait tout, en s'emparant du pouvoir d'Etat. Si la lutte des classes existe toujours, la stratégie "classe contre classe" pour en venir à bout a bel et bien disparu !
Oui les forces qui pronaient la révolution ont perdu beaucoup de leur influence (la chute du mur de Berlin y est pour beaucoup!) et ont perdu en même temps l'influence qu'elles avaient sur la gauche tout entière. Oui l'esprit de réformes progressives pour changer durablement la vie est aujourd'hui largement majoritaire dans la gauche : à la Cfdt bien sûr mais aussi à la Cgt et à Fo. La Cgt de Thibaut n'est plus celle de Krasucki, la Cfdt de Chérèque n'est plus celle de Notat et Fo avec Mailly n'est pas égale à Fo avec Blondel et encore moins Bergeron ! Chez les étudiants ce ne sont ni les communistes ni la Lcr ou les maoistes qui influencent l'Unef de Julliard ou l'Unl de Stoakel ! Qu'on y regarde de plus près et sans fausse pudeur, tous ces leaders sont plus proches de la pensée socialiste, radicale, citoyenne, écologiste que révolutionnaire !
Je pense donc que le temps est maintenant venu de considérer que le pragmatisme, le réformisme, le progressisme et, osons le mot, la sociale démocratie est ce qui peut arriver de mieux à la gauche dans notre pays : allier dans une même démarche le progrés économique ET le progrés social.
A nous, à ces forces là, d'avancer dans ce sens pour refermer la parenthèse, si longue, si dure à vivre du funeste congrés de Tours et de ses 21 conditions. Blum a gagné, Mitterrand l'avait compris, les forces qui donnent de la force à la gauche d'aujourd'hui doivent assumer leurs nouvelles responsabilités ! Aux révolutionnaires, du Pcf, de la Lcr ou de Lo de choisir entre participer à cette nouvelle page d'histoire où s'enfermer dans un passé révolu ! Car pour gagner il faut rassembler, rassembler encore, rassembler toujours !
Yves Bertrand
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