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  C'est ma vie... 
J'ai 59 ans, je suis marié, père de 3 enfants, ma vie politique se mêle à mon parcours professionnel. Ajusteur mécanicien, premier métier appris "aux Vikings" le Collège technique du Boulevard Amiral Mouchez. J'ai travaillé aux Corderies de la Seine, à Tréfimétaux et au Thé Lipton où j'ai exercé mes premières responsabilités syndicales. Il n'y avait qu'un syndicat CGT, j'ai appris à l'aimer... puis à le diriger : 90% du personnel était syndiqué ! En 75, j'avais 23 ans, c'est moi qui ai mené la lutte (victorieuse) pour l'égalité des salaires entre les hommes et les femmes en occupant l'usine pendant 22 jours... et 22 nuits ! J'ai été heureux d'être permanent syndical pendant 10 ans puis membre du cabinet des élus (PS-PRG) à la Mairie du Havre. A 42 ans j'ai entrepris des études supérieures qui m'ont permis d'obtenir une maîtrise de sociologie. J'ai alors été responsable d'un chantier d'insertion avant d'accepter, d'être l'assistant parlementaire de Paul Dhaille le député de la circonscription la plus ouvrière de la Seine Maritime (6e circonscription de 1997 à 2002). Après 2,5 ans de chômage, j'ai créé mon propre emploi en "montant "une association nationale de formation d'élu-es dont je suis fier qu'elle détienne maintenant l'agrément ministériel. Depuis 2009 je suis Conseiller Municipal du Havre, je siège dans le groupe Socialiste, Radical de Gauche, Vert. "La vie continue, je reste animé de la même ambition : à la seule force des convictions, faire gagner la Gauche, pour que ENSEMBLE la vie soit plus belle, plus fraternelle et plus heureuse pour tous."

Vendredi 29 mai 2009 5 29 /05 /Mai /2009 10:52
Hier soir comme convenu entre les associations havraises de la Libre Pensée, la Ligue des droits de l'Homme, le Mouvement de la Paix et l'Association Républicaine des Anciens Combattants s'est déroulée la manifestation en l'honneur des 4 soldats Havrais fusillés pour l'exemple. La presse normande situe parfaitement les raisons de cet hommage (merci l'info !) et conclut en rappelant les propos des organisateurs "souhaitant que les élu-es locaux prenneent eux aussi position en faveur de la réhabilitation des fusillés pour l'exemple.
Avec mes collègues de l'opposition nous y travaillons, rendez vous au prochain Conseil Municipal !
En attendant, je diffuse le discours de notre ami Claude GONTRAN de la Libre Pensée qui intervenait au nom de l'ensemble des associations.


"Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Je tiens d’abord à vous remercier pour votre présence ce soir, et je remercie tout spécialement les partis et les élus qui soutiennent cette initiative.
Nos quatre organisations vous ont invités à cette commémoration parce que nous pensons qu’il est plus que temps de rendre hommage à des soldats qui sont morts de la façon la plus infamante qui soit, fusillés par leurs propres camarades, alors que la cause qu’ils défendaient était la plus noble qui fût : le refus de la barbarie.
Peut-être les temps présents, avec leur lot de barbarie que constituent chaque jour des milliers de licenciements, conduisent-ils certains de nos amis à se dire qu’il y a plus urgent que de rappeler des atrocités vieilles presque d’un siècle. Mais nous savons tous que les grandes périodes de crise économique et sociale sont porteuses, si l’on n’y prête garde, des pires conflits nationaux, réglant dans l’arène de la guerre des conflits nés ailleurs. Nous connaissons tous la phrase de Jaurès : « le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage ». et c’est bien aussi à Jaurès que nous rendons hommage en saluant ces fusillés : ne les a-t-il pas précédés de trois ans dans la tombe pour avoir déployé jusqu’au bout tout son courage de tribun à tenter d’empêcher la barbarie ? Son dernier discours dans un meeting à Lyon-Vaise le 25 juillet 1914, quelques jours avant d’être assassiné, dénonçait la guerre qui se préparait. Voici ce qu’il disait :
« Eh bien! citoyens, dans l'obscurité qui nous environne, dans l'incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j'espère encore malgré tout qu'en raison même de l'énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n'aurons pas à frémir d'horreur à la pensée du cataclysme qu'entraînerait aujourd'hui pour les hommes une guerre européenne.
Songez à ce que serait le désastre pour l'Europe: ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d'hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l'orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s'il nous reste quelque chose, s'il nous reste quelques heures, nous redoublerons d'efforts pour prévenir la catastrophe. »
Mais le cœur de Jaurès il fallait le faire cesser de battre pour que la grande boucherie pût commencer.
Je veux montrer que, sans être des antimilitaristes ni des partisans de Jaurès, ni des syndicalistes, sans avoir fait de choix politique au début des opérations, mais poussés par les circonstances, ces hommes sont aussi morts pour la paix des peuples. C’est alors qu’ils ont su faire le choix courageux de dire « non », ce qui leur vaut toute notre admiration.
Jaurès était venu au Havre en juin 1914 tenir une réunion ; ses paroles n’ont pas pu ne pas frapper les esprits bien au-delà des 2000 présents. Les murs des casernes ne sont pas si épais, et les soldats de la grande muette ne sont pas sourds.
Des grèves de grande ampleur se déroulaient en mai et en juin 1917 à l’arrière : « grève des midinettes », couturières de la haute couture, grèves même dans les industries de guerre jusqu’en juillet. Les permissionnaires assistent à des manifestations ; la crainte du pouvoir est telle que des brigades de cavalerie et des bataillons d’infanterie territoriale sont disposés aux porte de Paris.
Quand les hommes du 129ème et du  36ème partent en manifestation dans les cantonnements, leurs vareuses sont ouvertes, en signe de grève, et des fanions rouges sont transformés en brassards. 
Comme leurs camarades de combat, ils avaient eu vent des événements de Russie, de la chute du tzar, le grand allié de la France, et de la perte de l’autorité dont l’Etat russe avait besoin pour convaincre ses soldats de se battre. Quelques semaines auparavant, les dix mille soldats du détachement russe sous commandement opérationnel de la France avaient manifesté leur refus de se battre et c’est pour éviter la contagion que le commandement les avait isolés loin du front, à la Courtine, dans la Creuse. L’appel de Jaurès avait à sa façon été entendu.
Les mutins ne comptaient pourtant aucun militant syndical, aucun militant pacifiste. L’aspiration à la paix naît simplement de la souffrance d’une guerre de tranchées qui n’en finit pas ; l’offensive Nivelle, commencée le 9 avril, devait créer un effet de surprise ; dès le 19, c’est un échec et la situation s’enlise ; voici d’après les témoignages recueillis par Denis Rolland dans la grève des tranchées ce que ces hommes disent eux-mêmes aux officiers qui essaient de les sermonner : « nous ne voulons plus monter aux tranchées. Pendant que nous nous faisons casser la gueule, nos femmes meurent de faim et on tire sur elles à Paris. Depuis trois ans que nous sommes aux tranchées, le gouvernement ne répond pas aux offres de paix des Allemands. C’est la Révolution russe qui a fait rater l’offensive du 16 en permettant aux Boches d’avoir sur nous leurs forces du front russe. Il existe chez les Russes un comité de soldats qui vote si les troupes doivent monter aux tranchées. » et ils ajoutent : « nous ne voulons plus la guerre et, si nous ne le faisons pas savoir de cette façon, le gouvernement ne le saura jamais. D’autres régiments ont refusé de monter, nous ferons comme eux. »
Le 28 mai, ils sont 150 hommes du 129ème ;  le lendemain, ce sont 850 hommes qui parcourent les cantonnements. La voiture d’un capitaine est arrêtée par une troupe qui occupe tout la route, aux cris de « Vive la paix, vive la grève et à bas la guerre ». Un homme dit à l’officier : « Mon capitaine, il ne faut pas nous en vouloir, nous n’en voulons pas aux officiers qui sont des poires comme nous. Mais nous, c’est fini, la boucherie, et la guerre ne sert qu’aux profiteurs. Nous sommes les premiers à lâcher, mais bientôt tous feront comme nous, et la guerre sera finie ».
 « Tous feront comme nous et la guerre sera finie » :
Oui, le message de Jaurès a été compris !
 Non, ce n’étaient pas des lâches car ils savaient que leur sentiment était partagé dans les deux camps et que les peuples auraient raison contre les va-t-en guerre.
S’il y eut des lâches, ce furent bien les chefs militaires qui, incapables de justifier l’injustifiable, s’en tirèrent par une ruse : ils promirent aux mutins des camions pour se rendre à Paris faire entendre leur voix à l’Assemblée, et ces camions ne servirent qu’à les disperser.
Alors commença la répression. 34 soldats font l’objet d’ordre d’informer ; 22 sont déférés en conseil de guerre ; un avocat civil est commis d’office pour la défense des plus compromis.
Du strict point de vue du commandement, certains de ces hommes étaient condamnables pour avoir joué un rôle actif : Adolphe Lefrançois avait dans le civil le profil d’un aventurier. Il était présenté comme le principal meneur. Mais là réside la lâcheté de ses juges : aller chercher dans la vie civile ce qui ne relève que de tribunaux civils ; utiliser ce point faible pour masquer les vraies responsabilités ; construire a posteriori la théorie du meneur alors que dans de telles circonstances les supposés « meneurs » ne sont que des hommes plus hardis portés par le mouvement plus qu’ils ne l’ont provoqué.
Le caporal Marcel Lebouc, âgé de 24 ans, a lui aussi contribué à organiser la manifestation. Jeune marié, père d’un enfant né en février, il avait été rétrogradé de son grade de sergent pour absence à son poste. Cela faisait de lui le coupable rêvé. Lâche sans doute de ne pas vouloir laisser derrière lui une veuve et un orphelin au nom d’une offensive perdue.
Ce qu’on reproche à André Mille ? « aucun regret, aucun repentir, admire la manifestation. Devait connaître le projet de manifestation. Doit mentir quand il dit qu’il n’a pas entendu parler d’un civil parmi les manifestants du 1er bataillon. » Comme le dit Denis Rolland, « Mille semble donc avoir été mis en jugement surtout pour ce qu’on croit qu’il est et non pour son action pendant la manifestation ». c’est sa correspondance, où il manifeste un esprit anarchiste, qui l’a perdu, mais aucun fait ne peut lui être reproché. Dans un tribunal militaire, le délit d’opinion vous envoie au peloton d’exécution.
Marcel Chemin avait 23 ans. En 1906, à 12 ans, il est condamné pour crime de mendicité. Afin de le remettre dans le droit chemin, on l’envoie en maison de correction. Dommage que Hugo reposât au Panthéon depuis plus de trente ans : il aurait magnifiquement plaidé sa cause s’il avait eu le triste privilège d’être avocat commis d’office. L’avocat aux ordres n’avait pourtant qu’à s’inspirer de lui : il aurait dit par exemple, comme Hugo préfaçant Les Misérables, que « tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée, qui est divine, tant que les trois grands problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus », un avocat honnête a du pain sur la planche. Le monsieur, un certain Maître Chevalier de Bar le Duc, ne mangeait visiblement pas de ce pain-là. Il aurait pu ajouter qu’après la maison de correction ce fut la colonie pénitentiaire pour un vol domestique à 15 ans et conclure en disant que quand, en 1916, à 22 ans, âge de la maturité, le malheureux a été condamné pour abandon de poste, il était enfin passé de la délinquance à la révolte. Qu’avait-il à perdre ? Moins que Monsieur l’avocat et que Messieurs les Officiers.
Tels furent les accusés, tels furent les accusateurs : qui a fait preuve de lâcheté sinon ceux qui n’ont pas voulu assumer la responsabilité de leur commandement ? Sinon ceux  qui ont plus peur de leur peuple que du peuple ennemi et ne s’en tirent qu’en le terrorisant ? Sinon ceux qui ont peur du jugement de tous les peuples, à qui il revient en dernière instance de dire si une guerre est juste ou si elle ne l’est pas ?
Chers amis,
Il est temps que ces soldats soient réhabilités. L’Angleterre l’a fait, il y a trois ans. Des conseils municipaux de villages et de villes ayant perdu ces citoyens, des conseils généraux de départements, comme l’Allier, dont les contingents ont été frappés par cette répression féroce ayant passé par les armes environ 650 hommes selon le général Bach, des conseils généraux de départements martyrs de la barbarie, comme l’Aisne, ont pris position sur cette question.
 Le conseil municipal du Havre peut formuler un tel vœu et le faire parvenir au président de la République qui, le 11 novembre dernier, avait reconnu que ces hommes ne s’étaient pas déshonorés.
Nous demandons aux élus ici présents de bien vouloir proposer un tel vœu au conseil municipal du Havre.
Chers amis,
nous allons rendre hommage à ces fusillés comme à tous les fusillés pour l’exemple. Puisqu’ils sont morts soldats, nous les saluerons comme soldats par une sonnerie aux morts. Puis nous entendrons la musique d’un couplet de la Marseillaise. Pas la Marseillaise qui les envoyait à la tuerie. Celle de la République. Celle des causes justes. Celle qui affirme la légitime défense de la patrie contre la tyrannie, de la patrie attaquée « jusque dans nos bras » pas celle des usurpateurs de la patrie.
Je vous remercie de m’avoir écouté
Mesdames, messieurs, chers amis,

Je tiens d’abord à vous remercier pour votre présence ce soir, et je remercie tout spécialement les partis et les élus qui soutiennent cette initiative.
Nos quatre organisations vous ont invités à cette commémoration parce que nous pensons qu’il est plus que temps de rendre hommage à des soldats qui sont morts de la façon la plus infamante qui soit, fusillés par leurs propres camarades, alors que la cause qu’ils défendaient était la plus noble qui fût : le refus de la barbarie.
Peut-être les temps présents, avec leur lot de barbarie que constituent chaque jour des milliers de licenciements, conduisent-ils certains de nos amis à se dire qu’il y a plus urgent que de rappeler des atrocités vieilles presque d’un siècle. Mais nous savons tous que les grandes périodes de crise économique et sociale sont porteuses, si l’on n’y prête garde, des pires conflits nationaux, réglant dans l’arène de la guerre des conflits nés ailleurs. Nous connaissons tous la phrase de Jaurès : « le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage ». et c’est bien aussi à Jaurès que nous rendons hommage en saluant ces fusillés : ne les a-t-il pas précédés de trois ans dans la tombe pour avoir déployé jusqu’au bout tout son courage de tribun à tenter d’empêcher la barbarie ? Son dernier discours dans un meeting à Lyon-Vaise le 25 juillet 1914, quelques jours avant d’être assassiné, dénonçait la guerre qui se préparait. Voici ce qu’il disait :
« Eh bien! citoyens, dans l'obscurité qui nous environne, dans l'incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j'espère encore malgré tout qu'en raison même de l'énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n'aurons pas à frémir d'horreur à la pensée du cataclysme qu'entraînerait aujourd'hui pour les hommes une guerre européenne.
Songez à ce que serait le désastre pour l'Europe: ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d'hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l'orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s'il nous reste quelque chose, s'il nous reste quelques heures, nous redoublerons d'efforts pour prévenir la catastrophe. »
 Le pronostic de Jaurès sur l’immensité de la boucherie qui se préparait n’était hélas pas faux. Un peu plus loin, l’orateur ajoutait :
Quoi qu'il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n'y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et de sauvagerie, qu'une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c'est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d'hommes de s'unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l'horrible cauchemar. » Mais le cœur de Jaurès il fallait le faire cesser de battre pour que la grande boucherie pût commencer.
Je veux montrer que, sans être des antimilitaristes ni des partisans de Jaurès, ni des syndicalistes, sans avoir fait de choix politique au début des opérations, mais poussés par les circonstances, ces hommes sont aussi morts pour la paix des peuples. C’est alors qu’ils ont su faire le choix courageux de dire « non », ce qui leur vaut toute notre admiration.
Jaurès était venu au Havre en juin 1914 tenir une réunion ; ses paroles n’ont pas pu ne pas frapper les esprits bien au-delà des 2000 présents. Les murs des casernes ne sont pas si épais, et les soldats de la grande muette ne sont pas sourds.
Des grèves de grande ampleur se déroulaient en mai et en juin 1917 à l’arrière : « grève des midinettes », couturières de la haute couture, grèves même dans les industries de guerre jusqu’en juillet. Les permissionnaires assistent à des manifestations ; la crainte du pouvoir est telle que des brigades de cavalerie et des bataillons d’infanterie territoriale sont disposés aux porte de Paris.
Quand les hommes du 129ème et du  36ème partent en manifestation dans les cantonnements, leurs vareuses sont ouvertes, en signe de grève, et des fanions rouges sont transformés en brassards. 
Comme leurs camarades de combat, ils avaient eu vent des événements de Russie, de la chute du tzar, le grand allié de la France, et de la perte de l’autorité dont l’Etat russe avait besoin pour convaincre ses soldats de se battre. Quelques semaines auparavant, les dix mille soldats du détachement russe sous commandement opérationnel de la France avaient manifesté leur refus de se battre et c’est pour éviter la contagion que le commandement les avait isolés loin du front, à la Courtine, dans la Creuse. L’appel de Jaurès avait à sa façon été entendu.
Les mutins ne comptaient pourtant aucun militant syndical, aucun militant pacifiste. L’aspiration à la paix naît simplement de la souffrance d’une guerre de tranchées qui n’en finit pas ; l’offensive Nivelle, commencée le 9 avril, devait créer un effet de surprise ; dès le 19, c’est un échec et la situation s’enlise ; voici d’après les témoignages recueillis par Denis Rolland dans la grève des tranchées ce que ces hommes disent eux-mêmes aux officiers qui essaient de les sermonner : « nous ne voulons plus monter aux tranchées. Pendant que nous nous faisons casser la gueule, nos femmes meurent de faim et on tire sur elles à Paris. Depuis trois ans que nous sommes aux tranchées, le gouvernement ne répond pas aux offres de paix des Allemands. C’est la Révolution russe qui a fait rater l’offensive du 16 en permettant aux Boches d’avoir sur nous leurs forces du front russe. Il existe chez les Russes un comité de soldats qui vote si les troupes doivent monter aux tranchées. » et ils ajoutent : « nous ne voulons plus la guerre et, si nous ne le faisons pas savoir de cette façon, le gouvernement ne le saura jamais. D’autres régiments ont refusé de monter, nous ferons comme eux. »
Le 28 mai, ils sont 150 hommes du 129ème ;  le lendemain, ce sont 850 hommes qui parcourent les cantonnements. La voiture d’un capitaine est arrêtée par une troupe qui occupe tout la route, aux cris de « Vive la paix, vive la grève et à bas la guerre ». Un homme dit à l’officier : « Mon capitaine, il ne faut pas nous en vouloir, nous n’en voulons pas aux officiers qui sont des poires comme nous. Mais nous, c’est fini, la boucherie, et la guerre ne sert qu’aux profiteurs. Nous sommes les premiers à lâcher, mais bientôt tous feront comme nous, et la guerre sera finie ».
 « Tous feront comme nous et la guerre sera finie » :
Oui, le message de Jaurès a été compris !
 Non, ce n’étaient pas des lâches car ils savaient que leur sentiment était partagé dans les deux camps et que les peuples auraient raison contre les va-t-en guerre.
S’il y eut des lâches, ce furent bien les chefs militaires qui, incapables de justifier l’injustifiable, s’en tirèrent par une ruse : ils promirent aux mutins des camions pour se rendre à Paris faire entendre leur voix à l’Assemblée, et ces camions ne servirent qu’à les disperser.
Alors commença la répression. 34 soldats font l’objet d’ordre d’informer ; 22 sont déférés en conseil de guerre ; un avocat civil est commis d’office pour la défense des plus compromis.
Du strict point de vue du commandement, certains de ces hommes étaient condamnables pour avoir joué un rôle actif : Adolphe Lefrançois avait dans le civil le profil d’un aventurier. Il était présenté comme le principal meneur. Mais là réside la lâcheté de ses juges : aller chercher dans la vie civile ce qui ne relève que de tribunaux civils ; utiliser ce point faible pour masquer les vraies responsabilités ; construire a posteriori la théorie du meneur alors que dans de telles circonstances les supposés « meneurs » ne sont que des hommes plus hardis portés par le mouvement plus qu’ils ne l’ont provoqué.
Le caporal Marcel Lebouc, âgé de 24 ans, a lui aussi contribué à organiser la manifestation. Jeune marié, père d’un enfant né en février, il avait été rétrogradé de son grade de sergent pour absence à son poste. Cela faisait de lui le coupable rêvé. Lâche sans doute de ne pas vouloir laisser derrière lui une veuve et un orphelin au nom d’une offensive perdue.
Ce qu’on reproche à André Mille ? « aucun regret, aucun repentir, admire la manifestation. Devait connaître le projet de manifestation. Doit mentir quand il dit qu’il n’a pas entendu parler d’un civil parmi les manifestants du 1er bataillon. » Comme le dit Denis Rolland, « Mille semble donc avoir été mis en jugement surtout pour ce qu’on croit qu’il est et non pour son action pendant la manifestation ». c’est sa correspondance, où il manifeste un esprit anarchiste, qui l’a perdu, mais aucun fait ne peut lui être reproché. Dans un tribunal militaire, le délit d’opinion vous envoie au peloton d’exécution.
Marcel Chemin avait 23 ans. En 1906, à 12 ans, il est condamné pour crime de mendicité. Afin de le remettre dans le droit chemin, on l’envoie en maison de correction. Dommage que Hugo reposât au Panthéon depuis plus de trente ans : il aurait magnifiquement plaidé sa cause s’il avait eu le triste privilège d’être avocat commis d’office. L’avocat aux ordres n’avait pourtant qu’à s’inspirer de lui : il aurait dit par exemple, comme Hugo préfaçant Les Misérables, que « tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée, qui est divine, tant que les trois grands problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus », un avocat honnête a du pain sur la planche. Le monsieur, un certain Maître Chevalier de Bar le Duc, ne mangeait visiblement pas de ce pain-là. Il aurait pu ajouter qu’après la maison de correction ce fut la colonie pénitentiaire pour un vol domestique à 15 ans et conclure en disant que quand, en 1916, à 22 ans, âge de la maturité, le malheureux a été condamné pour abandon de poste, il était enfin passé de la délinquance à la révolte. Qu’avait-il à perdre ? Moins que Monsieur l’avocat et que Messieurs les Officiers.
Tels furent les accusés, tels furent les accusateurs : qui a fait preuve de lâcheté sinon ceux qui n’ont pas voulu assumer la responsabilité de leur commandement ? Sinon ceux  qui ont plus peur de leur peuple que du peuple ennemi et ne s’en tirent qu’en le terrorisant ? Sinon ceux qui ont peur du jugement de tous les peuples, à qui il revient en dernière instance de dire si une guerre est juste ou si elle ne l’est pas ?
Chers amis,
Il est temps que ces soldats soient réhabilités. L’Angleterre l’a fait, il y a trois ans. Des conseils municipaux de villages et de villes ayant perdu ces citoyens, des conseils généraux de départements, comme l’Allier, dont les contingents ont été frappés par cette répression féroce ayant passé par les armes environ 650 hommes selon le général Bach, des conseils généraux de départements martyrs de la barbarie, comme l’Aisne, ont pris position sur cette question.
 Le conseil municipal du Havre peut formuler un tel vœu et le faire parvenir au président de la République qui, le 11 novembre dernier, avait reconnu que ces hommes ne s’étaient pas déshonorés.
Nous demandons aux élus ici présents de bien vouloir proposer un tel vœu au conseil municipal du Havre.
Chers amis,
Nous allons rendre hommage à ces fusillés comme à tous les fusillés pour l’exemple. Puisqu’ils sont morts soldats, nous les saluerons comme soldats par une sonnerie aux morts. Puis nous entendrons la musique d’un couplet de la Marseillaise. Pas la Marseillaise qui les envoyait à la tuerie. Celle de la République. Celle des causes justes. Celle qui affirme la légitime défense de la patrie contre la tyrannie, de la patrie attaquée « jusque dans nos bras » pas celle des usurpateurs de la patrie.
Je vous remercie de m’avoir écouté."

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